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> Jean-Paul Sartre était-il maître coach ? <
Publiée le 7/29/2007 Par Franck Damée
Jean-Paul Sartre était-il maître coach ?
par Franck Damée – juillet 2007
fdcoach@free.fr
 
« L’homme est condamné à être libre. Condamné parce qu’il ne s’est pas créé lui-même, et par ailleurs cependant libre parce qu’une fois jeté dans le monde, il est responsable de tout ce qu’il fait » Jean-Paul Sartre défend ainsi dans son essai d’ontologie phénoménologique l’Etre et le Néant l’idée que l’homme est jeté dans la liberté ou, pour reprendre l’expression de Martin Heidegger, qu’il est délaissé. Délaissé, cela veut dire que l’homme est seul face à ses choix, totalement abandonné, pleinement responsable des options qu’il prend. Pour illustrer cette thèse du délaissement, Sartre relate un épisode de sa vie. Durant la guerre un de ses élèves était venu lui demander conseil : le jeune homme prenait soin de sa mère et était son seul soutien depuis qu’elle était brouillée avec son père collaborateur et que son frère aîné avait été tué au combat. Cependant, il souhaitait dans un élan patriotique s’engager dans la résistance pour venger son frère. Il était donc devant l’alternative suivante : rejoindre les Forces Françaises Libres en Angleterre et abandonner sa mère ou rester auprès d’elle mais ne pas engager d’action contre l’ennemi. Et Jean-Paul Sartre de conclure ainsi son récit : « Au moins, direz-vous est-il allé voir un professeur pour lui demander conseil. Mais si vous cherchez conseil auprès d’un prêtre, par exemple, vous avez choisi ce prêtre, vous saviez déjà au fond, plus ou moins, ce qu’il allait vous conseiller. Autrement dit, choisir le conseilleur, c’est encore s’engager sois-même »
 
 
Choisir le conseilleur, c’est choisir le conseil… C’est donc encore une fois assumer la responsabilité entière de ses actes. Mais alors pourquoi demander conseil si l’on s’est déjà projeté et engagé dans le choix, si l'on sait déjà plus ou moins ce que le conseilleur va dire ? Pour le philosophe existentialiste, la réponse est à chercher du coté de l’angoisse, l’angoisse existentielle qui révèle notre condition d’Etre en devenir, l’angoisse que Martin Heidegger surnomme « la sentinelle du Néant » l’angoisse qui surgit parce choisir c’est non seulement s’appauvrir mais plus encore engager toute l’humanité ! Nous autres coachs, nous l’appelons parfois la « patate chaude » Il arrive que cette patate brûle les doigts de notre client et qu’il est tenté de nous la lancer… Le style  « j’ai envie de démissionner de mon poste, de quitter mon entreprise pour m’installer consultant mais j’ai peur de perdre une certaine sécurité… Qu’est-ce que vous me conseillez ? » Ou encore « Je vous ai exposé le problème de communication dans mon service… Maintenant, c’est vous le spécialiste, à vous de trouver la solution… » Et voilà un client qui cherche à se départir de son angoisse en impliquant son coach sur le mode du conseil. Et c’est bien humain ! S’il n’y prend pas garde, le coach récupère la « patate chaude » et se frotte à l’angoisse. Pour se rassurer, il peut être tenté de rentrer dans le jeu impulsé par son interlocuteur et de baliser le chemin de son client de conseils éclairants. Car le chemin est sombre, abscons, et il sait qu’il devra s’y aventurer lui aussi. Le conseil rassure-t-il le client ou le coach ? Une chose est sûre, c’est qu’en conseillant, le coach partage avec le coaché la responsabilité du choix…
 
Or, un principe fondamental du coaching est que le client porte en lui ses solutions et qu’il est pleinement responsable de ses choix (Tiens, un principe existentialiste…) Bien entendu, le coach peut trouver inconfortable de « palper » l’angoisse du coaché (car l’angoisse est contagieuse) mais c’est également là que se situe l’attente de ce dernier. Comme l’écrivent Pierre Angel et Patrick Amar « la demande de coaching résulte aussi du souci d’échapper à la solitude » cette solitude qu’on éprouve face au changement, face au stress, à la gestion de situations nouvelles. Le travail du coach est bien, à ce niveau, de voyager avec son client, de marcher à ses cotés dans des lieux inconnus, mais surtout pas de décider de la destination.
 
Il y a quelques temps, un homme en phase de réflexion professionnelle est venu me consulter. Son métier de manager dans la grande distribution ne lui convenait plus au point que ce rejet se manifestait par un état dépressif récurent et qu’il multipliait les arrêts de travail. Il m’a expliqué que son consultant en bilan de compétences l’incitait à intégrer un service de ressources humaines dans une entreprise mais que d’un autre coté, sa psychanalyste lui avait conseillé de s’installer à son compte car sa personnalité réclamait de l’indépendance. Par ailleurs, ses parents le poussaient à la prudence du salariat. Bref, il ne savait plus où donner de la tête et me demandait quel conseil il devait suivre. Etait-il venu chercher un conseil de plus ? Une sorte d’improbable méta-conseil pour l’aider à gérer les conseils des autres interlocuteurs de sa vie ? Je ne crois pas. Il s’était intéressé dans le cadre de son bilan de compétences au métier de coach et savait donc précisément ce qu’il pouvait attendre du coaching. Son véritable besoin face à cette situation de choix de vie anxiogène était, pour reprendre l’expression de Pierre Angel et Patrick Amar, d’échapper à la solitude sans perdre sa liberté. Certes, ses proches en le conseillant lui permettaient d’échapper à la solitude, mais d’un autre coté l’emprisonnaient dans leurs projections. Par ailleurs, faire fi de ces conseils le laissait seul face à l’angoisse. Il avait compris qu’en consultant un coach, il pouvait retrouver son libre arbitre, s’affranchir de ses conseilleurs et décider lui-même de sa vie, tout cela en bénéficiant de la présence bienveillante de quelqu’un qui marche à ses cotés sur ce chemin qui n’existe pas et qu’il doit pourtant emprunter. Et la présence du coach est d’autant plus rassurante que ce dernier n’a pas de certitude et qu’il sait montrer à son client que sa propre fragilité ne l’empêche pas d’avancer. Finalement, le coaching a été bref et cet homme a choisi librement sa voie.
 
Sartre était-il un précurseur du coaching ? Sans doute, mais un précurseur âprement controversé par les conseilleurs de l’époque. Ainsi, à l’occasion d’un débat public, l’écrivain et sociologue Pierre Naville (auteur notamment de Théorie de l'orientation professionnelle) répondait ainsi à Jean-Paul Sartre au sujet de l’anecdote évoquée plus haut : « j’aurais essayé de m’enquérir de quoi il (le jeune élève) était capable, de son âge, de ses possibilités financières, d’examiner ses rapports avec sa mère. Il est possible que j’aurais émis une opinion probable, mais j’aurais très certainement tâché de déterminer un point de vue précis, qui se serait peut-être démontré faux à l’action, mais très certainement, je l’aurais engagé à faire quelque chose » Naville défendait-il avant l’heure le point de vue des conseillers et consultants ? Cherchait-il avec cette certitude à exorciser l’angoisse que ressent celui qu’on vient consulter et qui veut à tout prix donner un conseil sous peine de se sentir illégitime et disqualifié ? La réponse que Sartre lui adressa fut en tous cas claire et directe : « S’il vient vous demander conseil, c’est qu’il a déjà choisi la réponse. Pratiquement, j’aurais très bien pu lui donner un conseil ; mais puisqu’il cherchait la liberté, j’ai voulu le laisser décider. Je savais du reste ce qu’il allait faire, et c’est ce qu’il a fait » Le professeur avait répondu ce jour-là à son élève : « vous êtes libre, choisissez, c’est-à-dire inventez ! » Merci monsieur le philosophe pour ce debriefing, j’ai retenu le principe et je l’ai adopté. 
 
 
Références bibliographiques :
- Jean-Paul SARTRE, L’être et le néant, 1943
- Jean-Paul SARTRE, L’existentialisme est un humanisme, 1970
- Martin HEIDEGGER, Sein und Zeit, 1927
- Pierre ANGEL et Patrick AMAR, Le coaching, 2005
- Pierre NAVILLE, Théorie de l’orientation professionnelle, 1945
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