English Version
Recherche d'articles : Publier Votre Article
> La clé des champs de mots <
Publiée le 6/17/2008 Par fdcoach
Champ lexical, champ sémantique.

          Nadine Faruggia, psychologue et auteur de nombreux ouvrages, défend l’idée qu’en matière de communication, 55% du message est porté par le non verbal (les gestes, les mimiques…) 30% par le para verbal (l’intonation, le rythme…) et seulement 15% par le contenu du discours (les mots). Certaines études réduisent même à 7% l’impact du verbal. Claude Lelouch a illustré cette thèse dans une scène mythique de « Un homme, une femme : vingt ans déjà » où l’on voit Jean-Louis Trintignant et Anouck Aimé réaliser un exercice d’entraînement au jeu d’acteur : les deux comédiens jouent une scène de déclaration d’amour en ne prononçant rien d’autre que les voyelles de l’alphabet. Les mots ont-ils si peu d’importance dans notre communication ? Pas sûr… Les termes que nous employons sont porteurs de sens bien au-delà du lien signifiant-signifié : notre langue est riche de synonymes et nous savons user de métonymie, métaphores et autres figures de rhétorique pour nuancer notre message.

          Dans ma pratique du coaching, j’ai appris à être attentif au vocabulaire employé par mes clients, aux champs lexicaux et sémantiques qu’ils « cultivent ». Un champ lexical, c’est un groupe de mots se rapportant à une même idée, une même réalité : les termes s’apparentent au même domaine de sens (exemple : fruit, pomme, pépin, compote…) Un champ sémantique est un groupe de mots de même écriture, mais pas de même signification. On peut dire que c’est l'ensemble des différentes significations d'un mot dans des contextes différents (exemple : fruits et légumes, fruits défendus, fruits du travail…) Ce qui nous intéresse ici n’est pas tant l’analyse de chaque mot employé par le coaché que le repérage et l’exploration des liens entre les expressions de même champ. Les trois extraits d’entretiens proposés ci-après illustrent ce que l’on peut retirer comme information de ce travail.

« Champ » du guerrier.

          La quarantaine sportive, Camille se tient debout dans le couloir. Ce qui frappe d’emblée chez elle, c’est l’attitude volontaire qu’elle affiche : dans son « bonjour » clair et intelligible, dans la fermeté de sa poignée de main, dans le rythme franc et régulier de sa démarche lorsqu’elle se dirige vers le bureau.

          Camille prend place, assise bien droite sur la chaise, les mains croisées. Elle me fixe avec intensité et  rentre rapidement dans le vif du sujet…

- Camille : Je ne suis pas dans la vie, je m’ennuie, j’échoue à chaque fois dans mes projets et du coup, je perds confiance en moi.
- FD : Qu’est-ce qui vous fait dire ça ?

          Elle m’explique qu’elle a tour à tour suivi des études de psychologie, obtenu un brevet de préparatrice en pharmacie, un BTS diététique, suivi une formation de web designer et enfin qu’elle termine des cours par correspondance d’assistante vétérinaire. Camille a elle-même financé la plupart de ces formations. Coté professionnel, elle a été équipière pour un fast-food, vendeuse pour une boutique de photos, préparatrice en pharmacie, assistante dans une agence de conception de sites web, et à nouveau préparatrice dans une pharmacie. Mais voilà, elle ne se fixe sur rien car elle se lasse vite ou ne se sent pas à la hauteur.

- Camille : Ce que je veux, c’est trouver une idée de métier qui fasse que je travaille avec plaisir… –Après un silence, elle se penche vers moi et ajoute– Je veux trouver une idée qui parte des tripes !

          Un peu plus tard dans l’entretien, je lui pose une question d’engagement
- FD : Qu’est-ce qui vous ferait mettre fin à ce coaching ?
          Elle ne semble pas surprise par la question et répond du tac au tac.
- Camille : De penser qu’une aide extérieure n’est pas possible.
- FD : Ah ?
- Camille : Et je le pense un jour sur deux –ajoute-t-elle sur un ton provocateur.
- FD : Et aujourd’hui ?
- Camille : Je ne sais pas, c’est mon orgueil, c’est lui qui domine quand je n’ai pas le moral.

          Finalement, nous convenons d’un planning de travail et lors de la première séance de coaching, l’orgueil revient sur le tapis…

- FD : Votre orgueil… Vous pouvez m’en dire plus ?
- Camille : Oui, il me dit que je n’ai besoin de personne pour avancer.
- FD : Il ? Qui est-il ?
- Camille : Je ne sais pas, quelle drôle de question ! –silence– Il est en moi.
- FD : Ah… Où ça ?
- Camille : Mais je ne sais pas ! Il est… Dans mon ventre.

          Elle s’agite et je me dis qu’elle est à deux doigts de se lever et quitter mon bureau. Je tente quand même de lui demander de me décrire son orgueil. Comme elle hausse les épaules, je lui suggère de fermer les yeux pour mieux voir à l’intérieur. Elle refuse mais après un long silence, elle commence sa desc*r*i*p*tion et je l’encourage par quelques « ah… » et « hum… »

- Camille : C’est un guerrier… Plein d’énergie… Il ne s’entend pas trop avec l’intelligence… Il est grand, costaud… Et têtu ! Il me parle, c’est un homme ferme et calme… C’est lui qui me dit que je suis assez grande pour me débrouiller toute seule, que je n’ai besoin de personne pour y arriver –Elle sort un instant de sa concentration– Pff, qu’est-ce que vous me faites dire ! Incroyable ce que je vous raconte, pourquoi est-ce je vous parle de ça… –Elle retrouve son calme– C’est un ami, dès que j’y pense, il est là.

          Elle a la main gauche serrée contre son ventre.

          Camille veut trouver une idée qui parte des tripes… Et c’est bien dans son ventre que se trouve son orgueil, cette « persona » qui lui dit qu’une aide extérieure n’est pas possible et qu’elle n’a besoin de personne pour avancer. Le champ lexical produit renvoie ici à différents niveaux sémantiques : le ventre est à la fois le centre de gravité (le point de stabilité, le siège de la confiance…) le locus des émotions (par opposition à la tête qui est le siège de l’intelligence) le lieu du courage (les tripes) l’intérieur (par opposition à ce qui vient de l’extérieur, les autres…)

          Les expressions utilisées par Camille et les différents sens qu’elle leurs attribue sont autant d’indices qui nous éclairent sur cette personnalité complexe. Je prends en général pas mal de notes lors de l’entretien préalable mais très peu durant les séances de coaching. Dans ce cas précis, c’est en relisant ma grille d’entretien préalable que je me suis rendu compte de l’opposition entre les expressions « qui parte des tripes » et « aide extérieure » Cela m’avait échappé lors de l’entretien à chaud et j’ai donc pris la décision de continuer à prendre des notes à la volée lors de la première séance de coaching.

Champ d’éoliennes

          Il m’arrive d’utiliser un support photographique pour engager des coachings orientés reconversion professionnelle. Concrètement, je propose à mon client de choisir dans un diaporama la photo qui représente le mieux la personne qu’il est et qui est en interrogation sur sa trajectoire professionnelle, puis je lui pose une série de questions précises, toujours dans le même ordre. Cet outil a l’avantage d’autoriser le client à parler de lui de façon distanciée et il permet au coach de récupérer le champ lexical produit.

          Les deux extraits proposés ci-après concernent deux femmes, Carole et Elisabeth, qui ont choisi la même photographie parmi les 50 proposées : une série d'éoliennes dans des dunes de sable.

          Carole et Elisabeth ont en commun d’avoir suivi des études supérieures, d’avoir passé la trentaine et de vouloir changer d’orientation professionnelle. Carole a multiplié les expériences professionnelles (des métiers différents dans plusieurs entreprises) tandis qu’Elisabeth a un parcours monolithique (même métier, même entreprise depuis la fin de ses études) L’analyse du champ lexical produit par les deux femmes donne des indications sur leurs façons très différentes d’aborder leur reconversion professionnelle.

CAROLE.

- FD : Que voyez-vous ?
- Carole : Je vois des éoliennes, du sable, des dunes, beaucoup de ciel, des couleurs fondues, mélangées. C’est ouvert comme horizon. C’est pas trop ordonné, c’est vivant, ça bouge, ça reçoit et ça donne de l’énergie.
- FD : Qu’est-ce qui vous attire dans cette photo ?
- Carole : Ce qui me plait, c’est qu’elles sont en mouvement car j’aime le mouvement.
- FD : Qu’est-ce qui vous repousse ?
- Carole : Ce qui me repousse ? Rien… Enfin si, c’est le sol qui est sale et on a pas envie d’y marcher, on a plutôt envie de survoler tout ça.

          Il y a beaucoup à dire sur cet extrait mais nous nous contenterons de commenter ici les mots soulignés. Dans la suite de son coaching, Carole se décrit comme une fonceuse qui a l’habitude de prendre ses décisions sur un coup de tête et seule. Du reste elle n’apprécie pas que ses parents se mêlent encore de ses choix de vie.

          Le champ lexical utilisé est celui du mouvement, de l’interaction, c’est le désordre organisateur. Je peux comprendre qu’elle ne veut pas marcher sur le chemin mais le survoler pour embrasser tout le paysage et ne pas avoir à se fixer.

          Carole attend précisément du coaching qu’il lui permette de trouver de la cohérence dans sa trajectoire professionnelle et, pour reprendre les propos qu’elle tiendra peu après cette séquence, « d’arrêter de papillonner pour faire des choix durables, se fixer »

ELISABETH.

- FD : Que voyez-vous ?
- Elisabeth : Ce sont des éoliennes. Elles sont droites et fortes, bien ancrées dans le sol, immobiles et stables.
- FD : Qu’est-ce qui vous attire dans cette photo ?
- Elisabeth : La symétrie, elles sont bien réparties.
- FD : Qu’est-ce qui vous repousse ?
- Elisabeth : Ce qui me repousse… C’est qu’on ne voit pas ce qu’il y a derrière l’horizon.

          Elisabeth décrit les éoliennes en faisant abstraction de leur environnement, de même que pour sa reconversion professionnelle, elle est très centrée sur elle-même sans vraiment s’intéresser à l’environnement économique (dans nos échanges, elle revient régulièrement sur ses intérêts professionnels mais ne prend pas en compte le marché de l’emploi) Elisabeth a besoin de sécurité pour bouger, elle construit pas à pas. Elle dira au cours d’une deuxième séance de coaching : « Il me faut de la stabilité et de l’utilité pour me sentir sereine »

          Le champ lexical produit est celui la stabilité et de la structure, c’est l’ordre immuable. Je peux comprendre que Carole ne veut pas quitter un espace stable et  organisé pour l’inconnu derrière l’horizon.

          L’objectif défini de son coaching est de se pousser à rentrer dans l’action, de vaincre son immobilisme. Elle évoque un manque de confiance en elle qui l’empêche de mettre en application ses décisions.

          On peut évidemment interpréter différemment ces deux extraits, de même que l’on peut centrer l’étude lexicale sur d’autres mots que ceux soulignés. Ces deux exemples, ainsi que celui de Camille, illustrent cependant comment l’analyse des champs lexicaux et sémantiques produits par les coachés peut nous aider à rentrer dans leurs univers… Une façon d’agrandir le champ de la connaissance de son client.

Franck Damée : http://fdcoach.free.fr
 Commentaires : Publier Votre Article
 Ajouter un commentaire :
Nom (ou pseudo) :
Email :
   * Adresse non affichée avec votre message.
Titre :
Commentaire :
Autre articles
Mahdia, Tunisie
 Par Xcess, Date : 1/23/2007
Tunisie
 Par Xcess, Date : 1/23/2007
Monastir, Tunisie
 Par Xcess, Date : 1/23/2007
Tunisie : Téléphones utiles.
 Par xcess, Date : 2/23/2007
Matmata, Tunisie
 Par Xcess, Date : 1/23/2007
Top 5
Déblocage Nokia gratuit (Free Nokia Unlock)
 Par xcess, Date : 2/23/2007
Planter un avocatier, Tout ce qu'il faut savoir.
 Par Malek Chtioui, Date : 4/22/2007
Tout savoir sur la conception d'un bébé
 Par Houda Mansour, Date : 6/10/2007
Le Milieu du cycle (Tout savoir sur la conception d'un bébé P2)
 Par Houda Mansour, Date : 6/10/2007
Comment Restaurer/Reformater votre Téléphone NOKIA (Mobiles Nokia Série 60)
 Par James, Date : 2/22/2008